L’analyse ci-dessous fait partie d’un ensemble de réflexions regroupées sous le thème « Madoka & Compagnie » qui forment un tout que vous pouvez consulter depuis ce lien. Elles sont prévues pour être lues dans l’ordre et sont à destination de fan connaissant très bien la série. Elles sont par nature truffées de spoilers… vous voilà prévenus
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Episode 22 :
Madoka & Compagnie
Version Podcast épisode #22
Avec sa date du 31 août, si cet épisode émane une petite odeur de fin de vacances et du très prochain retour en cours, il garde toutefois une saveur d’été qui se prolonge avec une surprise de taille de la part de Madoka. En effet, bien que peu présente à l’écran dans cet épisode, on aura l’occasion de sonder son cœur et ses pensées comme jamais.
L’épisode commence avec Kyosuke qui est en train de repenser à un moment très particulier de ses révisions à la bibliothèque. Des pensées davantage axées sur celle qui l’accompagnait ce jour-là que sur ses cahiers d’exercices...
Notons que ce n’est pas qu’un simple moment aléatoire de son été, mais un souvenir en lien avec les devoirs. Devoirs qu’il avait commencés le jour de ce rendez-vous avec Madoka à la bibliothèque, qu’il est a priori encore en train de terminer, alors qu’il est censé les avoir bouclés pour la rentrée le lendemain...
Quelque chose nous dit qu’il n’a pas été très assidu sur le reste des vacances ! C’est vrai qu’elles ont été bien chargées. Et si en plus, à chaque fois qu’il pensait à ses devoirs, il se perdait dans le souvenir du décolleté de Madoka, il a certainement été largement déconcentré…
Tandis qu’il est dans ses pensées, on le retrouve au fameux passage-à-niveau d’Orange Road. Naturellement, il a attendu patiemment jusque-là. Les feux rouges s’éteignent et la barrière se lève. Comme un symbole de sa relation avec Madoka, le chemin semble enfin libre ! L’enthousiasme est évident, les vacances ont été une réussite totale. Mais le début de cet épisode va lui rester en travers de la gorge tout autant que cette barrière.
L’intrigue est posée via la scène suivante à l’Abcb qui met en évidence l’absence inhabituelle de Madoka alors qu’elle est sensée y travailler en fin d’après-midi. Attardons-nous tout d’abord sur une remarque de Yukari, sa remplaçante de circonstance, car elle est très représentative de cette phase qui a commencé au retour de l’île déserte : Madoka est à présent clairement la petite-amie de Kyosuke.
Ce dernier a beau réfuté énergiquement cette idée, le fait qu’il perde totalement ses moyens devant la question est justement la preuve que c’est le cas. Yukari en profite pour soulever l’idée que s’il n’est pas son petit-ami, ou que s’il ne le montre pas assez, « alors elle pourrait tombée amoureuse de quelqu’un ». Cette remarque est plus pertinente qu’il n’y paraît.
En effet, depuis l’épisode 19, ils se conduisent exactement comme un couple, mais le problème avec Hikaru n’étant pas résolu, ils ne peuvent rendre leur relation publique. Elle devra restée secrète, implicite, indirecte. Et évidemment, cette situation fera flotter un doute durant tout le reste de la série. La phase de séduction est révolue, il faut maintenant consolider leur relation. Mais rester dans le non-dit mettra celle-ci en danger tant qu’elle ne sera pas pleinement exprimée. Si dans un couple on a besoin que l’autre réaffirme perpétuellement son amour, exprime ses sentiments par des « je t’aime » réguliers, leur situation très particulière ne leur permettra jamais d’être explicites. Tant et si bien que malgré les évidences, le doute persistera (surtout dans l’esprit de Kyosuke) jusqu’à la fin et créera un réel danger dans les situations comme celles de cet épisode et du précédent.
Chronologiquement, la première intervention de Madoka que mentionnera cet épisode est en fait un évènement de la veille, un flashback. Quelques secondes d’un échange qui semble anodin mais qui, à y réfléchir, nous en apprend bien plus que la simple raison pour laquelle il nous est proposé. En effet, Kyosuke nous présente ce souvenir pour expliquer son étonnement de ne pas la voir à l’Abcb : ils avaient des projets ensemble, finir ses fameux devoirs d’été, commencés à la bibliothèque il y a … une éternité ! Mais que voit-on vraiment dans cette scène ?
Madoka porte une jolie robe, très élégante et joue du saxophone pour Kyosuke. Lui-même discute avec elle sans contrainte, il semble lui aussi bien habillé, avec une chemise (et pas un t-shirt comme c’est le cas durant les vacances). Et ils se trouvent à la balançoire, celle-là même où Kyosuke a avoué ses sentiments pour l’empêcher de partir en Amérique. Un lieu marquant de leur histoire d’amour. Comment ne pas penser alors qu’il s’agit ni plus, ni moins qu’un rendez-vous galant ? Et Madoka lui propose même de renouveler l’expérience le lendemain autour d’un dessert. Et si ça ne doit pas être « celui de l’Abcb », c’est qu’elle lui demande en fait de l’inviter à sortir. Son petit geste du doigt pointant affectueusement le nez de Kyosuke illustrant la tendresse et l’intimité qui règne maintenant entre eux. Bref, ils sortent ensemble.
Rétrospectivement, connaissant le manque d’assurance de Kyosuke, et sa capacité à se faire des films avec des petits rien, Madoka n’a peut-être pas été la plus avisée en lui proposant ce nouveau rendez-vous. En effet, elle sait déjà que le lendemain elle va jouer son concert et garde le secret pour lui faire la surprise. Elle savait donc qu’elle ne pourrait pas être présente pour l’honorer. Elle qui anticipe toujours à merveille les choses, commet ici une petite erreur qui aurait pu s’avérer dramatique vu la réaction disproportionnée de Kyosuke face à la suite des évènements.
Mais revenons à cette surprise justement : une chanson. Une chanson écrite par Madoka et qui sera un révélateur exceptionnel de sa pensée profonde, le point central de cet épisode. On comprend qu’elle l’a spécialement écrite pour Kyosuke, d’où le choix de garder le secret.
Et il est évident que Yukari est dans la confidence. Madoka lui a certainement demandé de ne pas en parler à Kyosuke. Et peu importe ce que cette dernière a révélé sur la vraie nature de leur relation. Pour Yukari, ça ne fait aucun doute. D’où sa remarque immédiate quand il entre dans le café sur son identité de « petit-ami ». Elle connaît parfaitement les paroles de cette chanson. En effet, c’est elle qui la chante, et comme le ferait n’importe quel interprète, elle a aussi certainement échangé longuement avec Madoka sur son sens profond afin de le faire ressortir dans sa prestation. Donc quand Kyosuke arrive à l’Abcb, il suffit pour Yukari de se référer à la chanson de Madoka pour savoir comment il va réagir. Cette idée est confortée par ses propos lorsqu’il s’en va : « Alors c’est lui Kasuga-kun » : le fameux garçon dont parle la chanson, le petit-ami de Madoka qui la fait souffrir quand elle le voit un peu trop proche d’une autre fille. On comprend alors pourquoi elle va jouer ce petit jeu avec lui et pourquoi ce sera si facile pour elle de le mener par le bout du nez durant tout l’épisode.
C’est en parallèle de cet échange à l’Abcb que le cousin de Madoka, Shû, la récupère en voiture pour partir répéter avec le groupe. Alors que Kyosuke passera la soirée à tenter de terminer ses devoirs à temps, de leur côté, ils répèteront toute la nuit.
En sortant, elle discute avec lui et se montrent très familiers. Quoi de plus normal, ils sont cousins. Mais elle y voit quand même une taquinerie. Sans se douter que Kyosuke entend cet échange et va se faire des idées, assez légitimes pour le coup. Pensant que celle qu’il considère comme sa petite amie vient de lui poser un lapin et passer la nuit avec un autre gars ! Rude. Mais Madoka n’en a évidemment pas conscience. Pourtant, elle apercevra son cahier d’exercices, ce qui aurait pu l’alerter tout de suite. Ce ne sera le cas que plus tard quand elle aura compris que son absence l’a perturbé.
Cet épisode est en effet le négatif du précédent. Dans celui-ci, c’est Kyosuke qui pense que Madoka a pu le tromper avec un autre. A la différence près que Madoka a attendu d’avoir des preuves avant de manifester sa colère. Même contrariée, elle n’a rien dit au début pour lui laisser l’occasion de montrer s’il était digne de confiance. A l’inverse, dans cet épisode, Kyosuke a un comportement jaloux en flirtant plus ou moins consciemment avec Yukari pour se venger de cette « trahison » de Madoka. Mais lui, ne lui accorde pas vraiment le bénéfice du doute. Et si Madoka sort avec les honneurs de la crise avec Kumiko, Kyosuke ne ressortira pas grandi de son comportement. Même si, comme on l’a dit, Yukari a pu bénéficier d’un grand avantage lui offrant un fort ascendant sur lui.
Hikaru étant très surprise que Kyosuke ne veuille pas venir pour la surprise que réserve Madoka, elle va avertir cette dernière. On a alors droit à Madoka en costume de scène ! Une de ses plus belles apparitions. Avec une coiffure travaillée et une robe qui lui va à merveille, elle est magnifique, et le sera encore plus sur scène, magnifiée par les lumières du spectacle. Kyosuke ne sait pas ce qu’il rate…
L’avertissement de Hikaru va bien inquiéter Madoka, mais elle ne peut rien faire, le concert va commencer, elle ne peut plus s’absenter. Inquiétude, car elle repense alors au cahier qu’elle a aperçu et commence certainement à comprendre qu’il est préoccupé par la situation au point de ne pas vouloir venir voir cette surprise. Mais aussi déception : elle prépare certainement depuis longtemps cet évènement tenu secret. Elle l’a mis en scène de manière spectaculaire pour le faire découvrir à celui à qui il est destiné, de la meilleure des manières. Et voilà qu’il risque de tout raté !
En contraste à la faiblesse de Kyosuke face aux avances de Yukari, on voit la force d’une Madoka sublime qui s’investit à fond dans le concert. On l’a souvent vue jouer seule. Mais là on prend conscience qu’elle est une artiste accomplie et que quand elle s’investit, elle le fait de manière magistrale et à la perfection. Elle sera alors mise à l’honneur en annonçant la chanson qu’elle vient d’écrire. C’est le moment précis auquel Yukari ramène Kyosuke après lui avoir donné une petite leçon. Il aura donc le temps d’entendre que les paroles de cette chanson ont été écrites par celle qu’il aime et découvre alors sur scène, plus belle que jamais. Il restera subjugué durant toute la chanson.
Madoka, elle, doit être soulagée de voir que celui pour qui elle fait tout ça est enfin arrivé. Elle aura l’occasion de voir sa réaction au message qu’elle lui adresse à travers sa chanson…
Evidemment, cette chanson est un moment unique dans KOR. Une déclaration d’amour magistrale, exceptionnelle. Lorsque les premiers mots résonnent, elle regarde vers lui. Puis se fond dans la musique pour l’inciter à prêter l’oreille à chaque mot car ils lui sont destinés. Madoka dévoile alors comme jamais ses sentiments intérieurs. La souffrance que provoque cette situation qui la tourmente depuis des mois et qui l’empêche de vivre l’amour qu’elle éprouve pour Kyosuke.
« Cette peine déchirante et réelle »
…de le voir en permanence dans les bras de Hikaru ou de quelqu’autre fille que ce soit. Alors que pour elle, il est impossible de « l’enlacer ». Ne pouvant que se contenter de
« Cacher son chagrin derrière son sourire »
…un sourire de façade qu’elle s’efforce de garder pour préserver sa meilleure amie mais qui provoque un inévitable déchirement,
« une peine déchirante bien réelle ».
Elle dévoile ainsi une faille dans cette armure de femme parfaite. Se présente avec la vulnérabilité d’une « fleur sauvage qui ne peut que subir les caprices du vent ».
« Mon cœur s’est brisé à vouloir rêver de ce qui est impossible »
Pourtant, même « ses larmes, elle est prête à lui offrir » pour « continuer à vivre à ses côtés ».
« Je resterai toujours près de toi, même si notre amour ne trouve jamais sa voie »
Tandis que Yukari, témoin privilégier de cette déclaration d’amour de Madoka, les relie avec un ruban rouge symbole du lien qui les unit depuis le premier jour, la chanson évoque alors la mer, les vagues, … et évidemment fait écho à ce moment magique sur leur île qui a définitivement scellé leur amour. Pour Kyosuke et certainement pour elle, c’est l’occasion de se remémorer tous ces moments passés ensemble à construire leur amour, le rendre réel et unique.
Mais on le sait, ce qui leur manque encore, c’est de pouvoir exprimer cet amour, le formuler ouvertement. Dire « je t’aime ». Oui, tout ce qu’elle fait, a fait jusque-là et continuera à faire attendra toujours une réponse de la part de Kyosuke :
« Si une voix tendre pouvait me répondre, à chaque fois que je pose la question » :
« Est-ce que tu m’aimes ? »
« Ce serait si doux à entendre »
« Alors, dis-moi que tu m’aimes… »
Puisqu’ « aimer est plus sincère, plus vrai que d’être aimé »,
« Ne te contente pas de l’amour que cette fille t’offre sans que tu ne l’aime en retour.
Mais puisque je sais à présent que tu m’aimes, transforme mon cœur brisé en rêve à deux parce que tu es tout pour moi ».
Comme Kyosuke, on ne peut qu’être touché par cette magnifique chanson aux paroles qui sont le symbole parfait de leur histoire d’amour unique en son genre.
Mais outre les paroles, la manière de faire est proprement exceptionnelle. Alors que la situation leur impose de vivre leur amour de manière cachée, indirecte, sans pouvoir l’exprimer ni le montrer à tous. Malgré ces contraintes, Madoka réussi l’exploit de faire la déclaration absolue de son amour à celui qu’elle aime, lui dire ce qu’elle ressent de toutes ses forces. Et ce en public, devant sa famille, ses amis, des centaines de personnes et à tous ceux qui voudront bien entendre les paroles de sa chanson.
« …You are everything to me »
Ce cadeau qu’il a failli manquer sera l’occasion d’une mise au point majeure pour Kyosuke. Son immaturité lui fait faire des mauvais choix qui en la circonstance aurait pu l’empêcher de profiter d’un moment comme celui-là. Il faut au contraire qu’il profite de toutes « ces petites choses qu’ils vivent ensemble et qui sont celles qui comptent le plus ». Il faut qu’il apprenne et grandisse. Il doit comprendre qu’il peut lui faire confiance, le risque de perdre Madoka ne viendra pas d’elle. Mais le risque pour leur couple pourrait en revanche venir de son incapacité à lui, d’agir pour préserver son amour pour elle. Autrement-dit, il doit montrer, lui prouver qu’il est bien son petit-ami.
Autre point qui pourrait presque passer inaperçu : Kyosuke est-il la seule personne à qui Madoka aimerait passer un message ? En effet, dans cette salle, il y a quelqu’un d’autre qui aurait tout intérêt à prêter attention au message de cette chanson. Evidemment, il s’agit de Hikaru. Depuis l’épisode du camp de tennis, Madoka a compris que lui faire comprendre que Kyosuke et elle sont amoureux est nécessaire, mais sera surtout bien difficile. La subtilité n’est pas le fort de Hikaru. Toutefois, elle espère peut-être que les paroles de cette chanson pourraient implanter subtilement l’idée dans son esprit.
La musique est un bon moyen de transmettre des idées par l’intuition plutôt que par la réflexion. Et le fait est que Madoka a pris un soin tout particulier pour mettre en scène la présentation de sa chanson… à Kyosuke. Et Hikaru le sait puisqu’elle est dans la confidence. En tout cas, le message est là. Hikaru ne saura peut-être pas le décrypter mais arrivera fatalement un moment où elle finira par comprendre. Dans Ano Hi, elle dira qu’elle savait depuis longtemps. Ce genre d’évènements ont pu contribuer à la réalisation inconsciente de cette réalité qu’elle refuse de voir depuis le début.
La scène finale révèle enfin une dispute entre Yukari et Shû. Kyosuke va vouloir mettre en pratique la leçon qu’il vient tout juste d’apprendre en tentant de préserver un couple. Mais il sera retenu par Madoka. Cette dernière lui fait comprendre que même si en apparence ils se disputent ça ne remet pas en cause leur amour. Mais implique qu’ils s’investissent personnellement pour être ensemble et prendre soin l’un de l’autre.
Et c’est bien la leçon qu’ils doivent tirer de ces 2 épisodes qui ont mis en évidence les problèmes ordinaires d’un couple qui exige à présent un attachement exclusif. Il y a eu de la contrariété, de la colère et de la déception pour Madoka et pour Kyosuke. Mais même si les apparences ont donné une impression d’opposition entre les deux, ce n’est que la conséquence de leur intimité nouvelle et des nouvelles attentes qu’ils ont l’un envers l’autre. En réalité, comme Yukari et Shû, « ils s’entendent très bien ».
Pour finir, la réaction de Kyosuke au fait que Shû est le cousin de Madoka révèlera qu’il s’était fait une nouvelle fois des idées fausses sur Madoka. Cette dernière le comprend alors et apprécie certainement cette petite pointe de jalousie qui prouve encore à quel point il tient à elle.
Si la fin de la série est particulièrement appréciée par sa poésie, sa magie et pour le sentiment de satisfaction qu’elle procure, elle m’a toujours laissé une petite frustration. On a vu ce couple petit à petit se trouver, se former, timidement puis plus clairement. Mais la série s’achevant sur le vrai point de départ officiel de leur amour, on n’a jamais l’occasion de le voir s’épanouir pleinement en se révélant au grand jour. On aurait certainement tous apprécié les voir s’aimer aux yeux de tous, sans réserve. C’est peut-être même ce qu’on attendait avec le premier film et pourquoi il est si déstabilisant au premier visionnage. Mais en y réfléchissant bien et en analysant attentivement leur comportement après cet été inoubliable, on voit déjà tout cela à de nombreuses reprises. C’est parfois très subtil comme dans ce flashback, mais on les retrouve régulièrement sortir ensemble, seuls tous les deux comme un couple de petits-amis, flirter et se tenir l’un contre l’autre.
Cette période souvent vue comme une phase moins intense de la série en comparaison des 19 premiers épisodes nous montre en réalité bien plus que ce que notre œil voit au premier abord. Elle nous dépeint de manière subtil un amour réciproque qui, bien que bridé et pas totalement explicite, va se manifester clairement comme un couple amoureux qui aime tout faire ensemble.
à suivre…